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France : Le Parti socialiste, l'implosion impossible
Reuters, 23/11/2008 - 10:19:37
par Laure Bretton
PARIS (Reuters) - Coupé en deux et lézardé par des haines aussi solides qu'anciennes qui l'affaiblissent face à Nicolas Sarkozy, le Parti socialiste ne risque pas pour autant l'implosion en tant que telle, estiment plusieurs analystes.
Ce qui menace plus sûrement le principal parti d'opposition français, c'est un blocage institutionnel et idéologique dangereux à l'orée d'une séquence électorale chargée, allant des européennes de juin à la prochaine présidentielle en 2012.
Ravi du spectacle donné par les socialistes dans la nuit de vendredi à samedi, à l'issue d'une soirée électorale qui s'est terminée sur une victoire d'extrême justesse de Martine Aubry pour le poste de premier secrétaire face à Ségolène Royal, le parti du président français ne se prive pas de le commenter.
"Le PS est une pétaudière, il a implosé cette nuit", a déclaré le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre.
Quelques dizaines de voix séparent les deux rivales, qui incarnent deux conceptions politiques aux antipodes au sein d'un PS divisé depuis des années et plongé dans la guerre des chefs depuis la victoire présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007.
En 2005, il avait déjà frôlé l'implosion lors du référendum sur la Constitution européenne. Alors que 60% des militants avaient opté pour le "oui", plusieurs dirigeants avaient fait campagne pour le "non", qui l'avait emporté. Laurent Fabius, aujourd'hui rallié à Martine Aubry, étaient de ceux-là, comme Jean-Luc Mélenchon.
Depuis, le sénateur de l'Essonne a claqué la porte du PS, début novembre, quand Ségolène Royal est arrivée en tête du vote des militants sur les motions des courants internes.
UNE "CATHARSIS"?
L'ancien Premier ministre Michel Rocard avait lui prévenu, avant le début du congrès de Reims, qu'il rendrait sa carte du PS si la présidente de Poitou-Charentes en prenait les commandes.
Mais si l'heure est grave pour le PS, le politologue Paul Bacot réfute l'avis de décès signé par la droite. "La scission est possible, les circonstances s'y prêtent, mais ce n'est pas le plus probable", explique-t-il à Reuters, soulignant que le parti est composé à plus de 60% d'élus et de collaborateurs d'élus qui ne casseront pas leur outil de travail.
La situation actuelle, comme le prouve l'embryon de manifestation vendredi soir devant le siège du PS, "peut avoir fonction de catharsis, de grand défouloir avant de repasser aux choses sérieuses", à savoir les élections, ajoute ce professeur de sciences politiques à l'IEP de Lyon.
Même constat pour l'analyste Dominique Reynié, chercheur au CEVIPOF. Pour ses membres élus, dit-il, le PS "est un trésor de guerre, une machine indispensable pour gagner".
Une réalité électorale qui explique également en partie l'obstination de Ségolène Royal à prendre la tête du parti, condition sine qua non d'une nouvelle candidature à l'Elysée. Quelle que soit l'issue de procédures de vérification du scrutin, a-t-elle annoncé samedi sur TF1, "il n'est pas question de quitter le Parti socialiste".
"NI L'UNE NI L'AUTRE"
Alors que le PS "rentrait dans une phase où il devait sortir de ses conflits internes, il s'y enfonce davantage", constate Dominique Reynié après l'annonce d'un score quasiment identique pour les deux candidates à la succession de François Hollande.
"Ségolène Royal ne peut pas diriger le Parti socialiste parce qu'elle représente une ligne trop atypique par rapport à la base et Martine Aubry a échoué dans son opération de rassemblement", estime le politologue.
Pour lui, la solution "c'est ni l'une, ni l'autre".
Pour Paul Bacot, la situation pourrait se décanter rapidement avec l'effritement des camps Aubry et Royal, des coalitions hétéroclites formées pour prendre la tête du PS.
Le parti n'est selon lui pas tant "coupé en deux" au sortir de la victoire de Martine Aubry mais "complètement fragmenté", en quatre parts peu ou prou égales à l'issue du vote des militants sur les motions, début novembre.
"La rentrée sociale et le calendrier électoral vont faire réfléchir tout le monde", assure-t-il.
La situation qui menace le PS n'est "pas la disparition mais une série de revers électoraux", dès les européennes et jusqu'à la prochaine présidentielle, en 2012, estime Dominique Reynié. "Les souvenirs sont frais pour les électeurs et le souvenir de cette nuit-là au PS va marquer les esprits pour longtemps."
Edité par Yves Clarisse
Selon des analystes, même coupé en deux et lézardé par des haines aussi solides qu'anciennes, le Parti socialiste ne risque pas pour le moment l'implosion. /Photo d'archives/REUTERS









